
Mites des pieds-à-terre, motifs à refaire : la réparation d’un tapis à Paris 6e
Un logement sur cinq, dans le 6e, n’est habité qu’une partie de l’année : 21,6 %, d’après l’Insee. Dans ces appartements, un tapis passe parfois des mois sans être foulé ni déplacé, et c’est souvent au retour que l’on constate les dégâts. On verra ici comment l’atelier les répare, les images nécessaires au devis, et pourquoi la reconstitution d’un motif doit s’appuyer sur ce que le tapis montre encore, à l’image du jardin du musée Delacroix, refait d’après des documents d’époque.

Un logement sur cinq habité par intermittence : le terrain des mites
En 2023, l’Insee classait 6 792 logements du 6e parmi les résidences secondaires ou occasionnelles ; ils n’étaient que 1 427 en 1968. Un pied-à-terre ouvert quelques semaines par an réunit tout ce qui convient aux mites : une laine jamais dérangée, la pénombre, le silence. Leurs larves s’installent sous un lit, derrière un fauteuil, au ras d’une plinthe, et dévorent le velours, la toison nouée du tapis, jusqu’aux fils de fondation, chaîne et trame. Les pièces fermées l’hiver, sans chauffage, leur conviennent tout autant.
On constate souvent les dégâts d’un seul coup : des plaques où le dessin a disparu, parfois une seule teinte mangée, une laine qui part en poussière quand on la frotte. La restauration suit alors un ordre précis. Le lavage d’abord, qui débarrasse la laine des œufs et des larves ; puis, selon l’étendue, la consolidation de la fondation mise à nu ou le renouage des zones rasées, rangée par rangée, avec des laines teintées à l’unisson des couleurs voisines. Sur un petit tapis courant, la première suffit souvent ; sur une pièce finement nouée, la seconde se justifie davantage.

Au retour d’une absence : les photos à faire, les gestes à éviter
Dès votre retour, faites une vue d’ensemble, puis un gros plan de chaque zone touchée, une règle à côté ; retournez ensuite le tapis pour photographier l’envers des mêmes zones, où la fondation apparaît intacte ou percée. Évitez de passer l’aspirateur avec insistance sur une partie attaquée, la laine affaiblie partirait avec la poussière, et ne jetez pas les fragments tombés : ils renseignent sur les couleurs d’origine. Conservez-les dans un sachet, et notez depuis combien de temps l’appartement était fermé.
Si vous repartez bientôt, dites-le dès le premier message : vous verrez avec l’atelier comment organiser l’enlèvement, par exemple en présence d’une personne de confiance ou du gardien, le tapis dégagé de ses meubles. Il part ensuite pour Boissise-le-Roi, à quelque quarante-deux kilomètres en ligne droite, où il est diagnostiqué ; le devis détaille, défaut par défaut, ce qui est proposé, avant tout travail.
Reconstituer un motif : la leçon du jardin du musée Delacroix
Au 6 rue de Furstemberg, dans d’anciens communs du palais abbatial de Saint-Germain-des-Prés, le musée national Eugène-Delacroix occupe le dernier appartement et l’atelier du peintre, qui y vécut de décembre 1857 à sa mort, en août 1863. Ses collections comprennent des objets d’Afrique du Nord, où Delacroix avait voyagé en 1832. Son jardin a été reconstitué tel qu’il était du vivant du peintre, sur la base de documents d’époque, et non d’après ce qu’il aurait pu être.
La restauration d’un tapis obéit à la même règle. Un motif disparu ne s’invente pas : on le reconstitue d’après ce qui subsiste. Beaucoup de tapis d’Orient sont construits en symétrie, avec un médaillon central, des écoinçons, ces quarts de médaillon logés dans les angles, et une bordure qui se répète ; un coin rongé se redessine alors d’après le coin opposé, une bordure d’après ses parties intactes, en relevant le dessin nœud par nœud. Quand rien ne permet de savoir ce qui manquait, l’atelier préfère consolider et vous le dire, plutôt que d’ajouter un décor de fantaisie.

Restauration à Paris 6e : vos questions
Au retour d’un long séjour ailleurs, le tapis du salon est troué : quelle est la première chose à faire ?
Des images, sur les deux faces, avant de toucher à quoi que ce soit. Sortez ensuite le tapis de la pièce si vous le pouvez, roulé sans serrer, pour que les larves ne gagnent pas d’autres lainages, et aspirez le sol où il reposait. Transmettez ces vues à l’atelier : il vous dira si le lavage presse, et ce que la restauration pourra reprendre.
Faut-il refaire les zones rasées, ou peut-on seulement les consolider ?
Les deux se pratiquent. La consolidation fixe la fondation mise à nu et arrête la dégradation, sans refaire la laine : la zone reste visible, mais elle ne s’agrandit plus. Le renouage refait les nœuds manquants dans les teintes du motif, ce qui demande davantage de travail. Le choix dépend de la qualité du tapis, de la surface touchée et de l’usage que vous voulez en faire.
Une bordure a été mangée sur toute une longueur : peut-on la refaire si l’autre côté est intact ?
Souvent, oui. Sur un tapis construit en symétrie, la bordure intacte sert de modèle : son dessin se relève nœud par nœud et se reporte sur le côté abîmé, après reconstitution de la fondation si elle a cédé. Le travail est long et le devis en tient compte. Si les deux côtés ne se répondent pas, comme sur certains tapis de village, l’atelier vous proposera plutôt une consolidation.
Pour aller plus loin
Votre tapis, à Paris 6e
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