
Le tapis de Qom, une production du XXe siècle tournée vers la soie
Qom, ville de pèlerinage au sud de Téhéran, ne tisse des tapis à grande échelle qu’à partir du XXe siècle. Elle s’est pourtant fait un nom avec ses tapis de soie, souvent de petit format, très serrés et signés. Ce succès a suscité beaucoup d’imitations, en soie de Chine ou en fibres qui n’ont de la soie que l’éclat. Cette page vous aide à situer un Qom, à vérifier ce qu’il est vraiment et à en prendre soin, qu’il soit en soie ou en laine.
Une ville sainte devenue centre de la soie
Qom, capitale de la province du même nom, est d’abord une ville sainte du chiisme, qui s’est développée autour du sanctuaire de Fatima, sœur de l’imam Reza. Le tissage du tapis y est récent. La plupart des sources le font commencer dans les années 1930, avec des tisserands venus de Kashan ; en 1948, on ne compte encore que onze villages producteurs autour de la ville. L’essor vient après la guerre, d’abord en laine kork, puis de plus en plus en soie.
Quand les exportations légales reprennent pleinement, en 1990, la demande japonaise pour des pièces fines, de dessin classique et signées tire la qualité vers le haut. L’Encyclopaedia Iranica note que les tapis de soie, surtout de Qom, représentent alors 70 % des recettes d’exportation de tapis vers le Japon.
Vraie soie, fausse soie, autre provenance
Le mot « Qom » sur une étiquette ne dit ni la fibre ni la provenance. Quatre points à garder en tête :
- Viscose ou coton mercerisé : ces fibres, parfois vendues comme « soie artificielle », imitent l’éclat de la soie mais perdent une grande part de leur résistance une fois mouillées.
- Des tapis de soie noués en Chine reprennent les dessins de Qom à partir des années 1980 : de la vraie soie, mais une autre origine.
- En Iran même, l’Encyclopaedia Iranica signale que des tisserands de Maragheh ont imité les dessins et jusqu’aux signatures de Qom dans des qualités moins chères.
- Le test de la flamme, souvent conseillé, abîme le tapis ; un examen de fibre se fait sur un brin prélevé discrètement, par quelqu’un qui sait le lire.
Fabrication et dessins
Les noueurs de Qom emploient le nœud persan, asymétrique. Les meilleures pièces sont tout en soie : le velours, mais aussi la chaîne et la trame, qui forment la toile de fond. D’autres associent un velours de soie à une chaîne de coton, et il existe des Qom en laine kork, une laine fine et souple, dont les motifs sont cernés de soie.
Les densités annoncées sont élevées : souvent plus de 500 000 nœuds au mètre carré pour la soie, jusqu’au million et au-delà pour quelques pièces, et plutôt de 200 000 à 500 000 pour la laine. Ces chiffres, publiés par des marchands, varient sensiblement d’une source à l’autre. Beaucoup de Qom sont de petit format, et certains sont faits pour être accrochés au mur.
Qom n’a pas de dessin qui lui soit propre : ses ateliers puisent à Ispahan (rinceaux chah abbassi), à Kashan, dans les jardins à compartiments, les arbres de vie, les vases fleuris, les scènes de chasse ou les tapis de prière à niche. Les fonds ivoire, rouges, bleu nuit ou turquoise sont fréquents. La signature d’atelier, en caractères persans dans la bordure, y est courante, ce qui en fait aussi une cible pour les imitateurs.
Ce que la soie supporte mal
La lumière d’abord : elle affaiblit la fibre et la rend cassante, même quand les couleurs semblent tenir. L’eau et la chaleur ensuite : un lavage mal conduit fait rétrécir ou déformer le tapis et couler les teintures, et une soie restée humide trop longtemps se fragilise. Le frottement enfin : un velours de soie se marque, se tasse et s’use vite dans un passage.
Concrètement : pas de plein soleil, pas de pièce de passage, ni serpillière ni shampoing et, pour une tache, un linge blanc à peine humide pressé sans frotter. Un velours de soie paraît plus clair ou plus foncé selon le côté d’où on le regarde : c’est le sens du poil, pas une décoloration.
Estimation, rachat, nettoyage d’un Qom
La valeur d’un Qom repose sur la nature réelle de la fibre, la finesse, la qualité du dessin, une signature vérifiable et l’état : soies cassées, zones passées à la lumière, taches et réparations anciennes la font baisser. Les photos utiles pour un premier avis : une vue générale, le revers, la signature et les franges. L’atelier peut ensuite examiner le tapis chez vous, vous proposer de le racheter ou le laver selon les exigences de la soie. Chaque intervention est précédée d’un devis, et le tapis est pris chez vous puis rapporté.
Questions fréquentes
Mon Qom de soie a été mouillé : que faire tout de suite ?
Épongez sans frotter avec des serviettes blanches, en pressant, puis laissez le tapis sécher à plat dans une pièce aérée, loin d’un radiateur, d’un sèche-cheveux ou du soleil. Ne le roulez pas tant qu’il est humide. Si l’eau était sale ou si une couleur a commencé à couler, prévenez l’atelier sans tarder : une auréole ancienne part plus difficilement qu’une récente.
Un Qom en laine vaut-il moins qu’un Qom en soie ?
Le marché recherche davantage la soie, mais la valeur dépend d’abord de la qualité et de l’état. Un Qom en laine kork finement noué, au dessin net et bien conservé, n’a rien d’un second choix, tandis qu’une soie médiocre ou abîmée par la lumière peut valoir moins. L’estimation compare des tapis de même fibre, de même finesse et de même état.
Peut-on accrocher un Qom au mur ?
Oui, c’est même un usage fréquent pour les petits formats. On coud d’ordinaire une bande de tissu solide sur toute la largeur, au dos du bord supérieur, pour répartir le poids, puis on suspend cette bande à une barre ou à une bande auto-agrippante. Évitez les clous, pinces et punaises plantés dans le tapis, ainsi que les murs ensoleillés ou situés au-dessus d’un radiateur.
Parlez-nous de votre tapis
Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.
- Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
- Le dos, de près, avec une règle posée dessus
- Les franges, les lisières et chaque défaut
Vous préférez parler de vive voix ? Appelez l’atelier au 06 24 32 22 19