
Kilims et soumaks, les tapis sans velours
Un kilim n’a pas de velours : le dessin est formé par la trame elle-même, tassée au point de cacher la chaîne. Ces tissages à plat, que l’on appelle aussi tapis ras, viennent d’Anatolie, d’Iran, du Caucase, d’Afghanistan ou des Balkans, et servaient de sol, de couverture, de tenture ou de sac. Ils ne s’usent pas comme un tapis noué et ne se lavent pas de la même façon. Voici comment reconnaître un kilim et un soumak, ce qui les fragilise et sur quoi repose leur valeur.
Deux familles de tissage
Le kilim proprement dit, gelim en persan, est une toile à trame dominante : les fils de trame colorés, qui croisent la chaîne tendue dans la longueur du métier, vont et viennent chacun dans sa zone de couleur et recouvrent entièrement la chaîne. Là où deux couleurs se rencontrent sur une même verticale, il reste une petite fente : c’est le kilim à fentes, le plus répandu. Pour éviter ces fentes, certains tisserands font partager un même fil de chaîne aux deux couleurs, ou accrochent les trames voisines l’une à l’autre ; le dessin perd un peu de netteté, le tissu gagne en solidité.
Le soumak relève d’une autre famille : une trame de décor s’enroule sur la chaîne, par exemple en passant sur quatre fils puis en revenant sous deux, tandis qu’une trame de fond cachée assure la tenue. Il n’a pas de fentes, sa surface montre de petits chevrons et son envers garde les bouts de fil, parfois longs de plusieurs centimètres. Son nom viendrait de Chemakha, ville du Chirvan où ces tissages se négociaient, mais l’étymologie reste discutée.
D’où ils viennent, à quoi ils servaient
On tisse à plat de l’Anatolie à l’Asie centrale. En Iran, les kilims de Senneh (Sanandaj), au Kurdistan, sont réputés pour leur laine fine et leurs petits motifs répétés, ceux des Bakhtiari pour un accrochage double des trames aux changements de couleur. En Anatolie, les kilims portent le nom de leur région de production, Konya ou Malatya par exemple. Dans le Caucase, le soumak est une spécialité de l’est, du Daghestan à Kouba.
Ces tissages couvraient le sol, les lits ou les murs, et servaient aussi de sacs et de bissacs pour les bêtes de bât, ces derniers souvent en soumak. La trame est presque toujours en laine, la chaîne en laine ou en coton.
Reconnaître un kilim, un soumak, une pièce récente
Quelques observations suffisent souvent à classer une pièce :
- Un kilim à fentes se ressemble sur ses deux faces ; tenu devant une fenêtre, il laisse passer le jour par les fentes.
- Un soumak a un endroit lisse à petits chevrons et un envers hérissé de bouts de fil.
- Aux extrémités, la chaîne qui dépasse est nouée en petites touffes ou tressée pour arrêter le tissage.
- Des nuances dans une même couleur, l’abrash, signalent des laines teintes par petits lots ; les premières teintures de synthèse ont souvent passé de façon irrégulière.
- Beaucoup de kilims récents, tissés notamment en Afghanistan ou en Turquie dans des dessins anciens, sont de vrais tissages à la main, mais pas des pièces anciennes.
Pourquoi un kilim s’use autrement
Sans velours pour la protéger, c’est la structure elle-même qui s’use : la trame s’amincit, puis la chaîne apparaît. Les fentes sont des points faibles qui s’ouvrent et se déchirent sous la tension. Les bords, enroulés de trame, s’effilochent, et les extrémités se défont rang par rang si leur arrêt lâche. Posé à nu, un kilim glisse et se plisse, ce qui accélère l’usure : un sous-tapis antidérapant fin s’impose. La laine attire les mites comme celle d’un tapis noué, et certaines couleurs vives coulent au lavage.
Au quotidien : aspiration douce, sans brosse rotative ; un kilim à fentes se retourne volontiers, ce qui répartit l’usure, un soumak non ; jamais de trempage à la maison.
Valeur, restauration et estimation
La valeur d’un kilim dépend de son âge, de ses teintures, de son attribution à une région ou à une tribu, de sa finesse, de la rareté du dessin, de ses dimensions et de son état, en particulier de la présence de ses deux extrémités et de ses bords d’origine. Une couture au milieu n’est pas forcément un assemblage tardif : certains grands tissages anatoliens, comme les cicim, étaient faits en bandes étroites puis cousus.
La restauration d’un kilim consiste d’ordinaire à refermer les fentes ouvertes, à reprendre la trame usée dans les couleurs d’origine, à consolider les bords et à arrêter les extrémités. L’atelier peut estimer la pièce sur photos, la racheter, la laver ou la restaurer, après devis ; elle est prise en charge à domicile et rapportée une fois traitée.
Questions fréquentes
Mon kilim a des fentes : faut-il les recoudre ?
Pas toutes. Les fentes font partie de la technique et dessinent souvent les motifs ; on ne referme que celles qui s’ouvrent ou se déchirent. Le restaurateur les reprend au fil de laine assorti, sans serrer, pour ne pas déformer le tissage. Une fente qui s’allonge à chaque passage d’aspirateur mérite d’être traitée vite, avant que la déchirure ne gagne les rangs voisins.
Lave-t-on un kilim de la même façon qu’un tapis à velours ?
Non. Il n’a pas de velours pour retenir la saleté en profondeur, mais ses laines, tissées très serrées, peuvent dégorger, et une chaîne de laine peut rétrécir si le séchage traîne. On contrôle d’abord la tenue de chaque couleur, puis on adapte l’eau, le geste et le séchage. Pour une pièce ancienne, ce travail se confie à un spécialiste.
Le soumak est-il plus solide que le kilim ?
Il est plus épais et n’a pas de fentes, ce qui le rend moins sensible aux déchirures. En revanche, son envers hérissé de fils interdit de le retourner, et la trame enroulée s’use là où le sol fait relief. Pour un passage, ni l’un ni l’autre ne vaut un tapis noué épais ; dans un salon, sur un sous-tapis, les deux tiennent longtemps.
Pour aller plus loin
Parlez-nous de votre tapis
Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.
- Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
- Le dos, de près, avec une règle posée dessus
- Les franges, les lisières et chaque défaut
Vous préférez parler de vive voix ? Appelez l’atelier au 06 24 32 22 19