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Le tapis de Tabriz, entre bazar et ateliers

Tabriz, dans le nord-ouest de l’Iran, a donné son nom à des tapis de toutes qualités, du tapis de bazar épais à la pièce d’atelier d’une grande finesse. Son dessin ne permet pas de l’identifier : la ville a tout tissé, médaillons, scènes de chasse, motifs répétés, tableaux. La construction, la mesure de sa densité et quelques détails du dos en disent davantage. Voici comment lire un Tabriz, ce qui l’use et ce qui en fixe la valeur.

Ce que révèle le dos d’un Tabriz

Retournez un coin du tapis et observez cinq choses.

  • La densité : un mètre posé dans la largeur, relevez le nombre de nœuds sur 7 cm, ce que l’on appelle le raj.
  • La trame : les fils passés en travers de la chaîne, visibles entre les rangs de nœuds, souvent doublés.
  • Les franges : prolongement de la chaîne, en coton blanc en général, de soie sur des pièces très fines.
  • Les rehauts : la soie brille davantage que la laine voisine quand on incline le tapis vers la lumière.
  • L’accord entre finesse et dessin : un nouage serré au service d’un dessin maladroit doit faire douter.

Le nœud, le crochet et le raj

À la différence de la plupart des villes du centre de l’Iran, Tabriz noue surtout au nœud symétrique, que l’on dit turc : le fil de laine fait le tour de deux fils de chaîne et ressort entre eux. La règle n’est pas absolue, puisque des tapis de Tabriz des XVIe et XVIIe siècles sont noués au nœud asymétrique. Les noueurs se servent d’un outil propre à la ville, un couteau muni d’un petit crochet, là où l’on noue ailleurs avec les doigts.

La chaîne et la trame sont en coton dans la grande majorité des cas, en soie pour des pièces très fines, et la trame passe souvent deux fois entre deux rangs de nœuds. Le velours est en laine, parfois relevée de soie ; certains Tabriz sont entièrement en soie.

Le raj part d’environ 25 pour un tapis de bazar et dépasse 70 pour le haut de gamme des ateliers. À 50 raj, si le nouage est aussi serré en hauteur qu’en largeur, on arrive à un peu plus de 500 000 nœuds par mètre carré.

Une ville de marchands

Capitale de la province d’Azerbaïdjan oriental, Tabriz vit du commerce : son bazar, l’un des grands marchés de la route de la soie, a été inscrit en 2010 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Première capitale des Safavides, la ville accueille au XVIe siècle des ateliers de cour, probablement fondés sous Chah Tahmasp. Le tapis d’Ardabil, daté de 1539-1540 et conservé au Victoria and Albert Museum de Londres, lui est souvent rattaché, mais le musée reconnaît qu’on ignore où il a été tissé.

Le Tabriz d’aujourd’hui doit surtout au XIXe siècle. Après l’exposition universelle de Vienne, en 1873, des agents installés à Tabriz rachètent de vieux tapis dans tout l’Iran pour les expédier vers l’Europe par Istanbul ; quand ce stock s’épuise, les marchands de la ville organisent une production neuve pour l’exportation. Plusieurs noms sont associés à cette reprise, dont Hadji Jalili, originaire de Marand selon les marchands. On lui attribue des tapis aux tons retenus, ivoire, sable ou terre cuite, mais ces pièces ne sont pas signées : l’attribution repose sur le style.

Des dessins qui ne prouvent pas l’origine

Tabriz a tout tissé : médaillon central et écoinçons (le lachak-toranj, « coins et médaillon »), motif hérati répété, c’est-à-dire une rosette dans un losange entourée de feuilles en forme de poisson, d’où son autre nom de mahi, « poisson », mais aussi jardins, arbres de vie, scènes de chasse, portraits et tableaux tissés. Les fonds crème, rouges ou bleu marine dominent. Conséquence pratique : un dessin dit « Tabriz » ne prouve rien. On le retrouve sur des tapis noués en Chine ou en Inde, et sur des tapis tissés mécaniquement.

Points faibles, valeur et aide de l’atelier

Un Tabriz courant est solide ; ses faiblesses sont ailleurs. Les rehauts de soie pris dans un velours de laine réagissent autrement à l’eau et peuvent dégorger, c’est-à-dire relâcher de la teinture dans le fond voisin. Les pièces fines, tondues ras, s’usent vite dans les passages et sous les pieds des meubles. Les franges de coton s’usent par frottement, et les lisières, ces cordons qui bordent les côtés, se défont. Les grands formats supportent mal d’être pliés : un pli répété finit par briser la chaîne. Roulez-les plutôt, comme l’explique notre guide sur le stockage.

Pour la valeur, comptent d’abord le raj et sa régularité, la qualité du dessin, la laine et les teintures, la période (les ateliers de la fin du XIXe siècle et du début du XXe sont recherchés), puis l’état et les dimensions. Une attribution flatteuse ne vaut que si la construction et le dessin la confirment.

Trois photos suffisent pour une première lecture : le tapis à plat en entier, un coin du dos avec un mètre ruban posé sur 7 cm, et le défaut principal en gros plan. Selon ce qu’elles montrent, l’atelier se déplace, fait une offre de rachat, lave le tapis en surveillant ses soies ou reprend franges, lisières et usures, toujours sur devis.

Questions fréquentes

Que signifie « Tabriz 50 raj » ?

C’est l’indication de finesse employée à Tabriz : 50 nœuds sur 7 cm dans la largeur. Plus le chiffre monte, plus le nouage est serré et le dessin précis. Un tapis de bazar descend vers 25 raj, une belle pièce d’atelier dépasse 50, et les plus serrées vont au-delà de 70. Le chiffre annoncé se contrôle au dos avec un simple mètre.

Les contours de soie de mon Tabriz ont déteint : que peut-on espérer ?

Une amélioration, rarement une disparition complète. Un lavage conduit par un spécialiste peut atténuer une auréole récente, à condition qu’elle n’ait été ni frottée ni traitée avec un produit ménager. Une coulure ancienne, sèche depuis longtemps, résiste davantage. Photographiez-la de près, à la lumière du jour : l’atelier vous dira ce qu’on peut raisonnablement en attendre avant tout devis.

Mon Tabriz est très rigide : est-ce normal ?

Dans une certaine mesure, oui. Un nouage serré, une trame double bien tassée et une chaîne de coton donnent aux Tabriz fins une main ferme. La rigidité devient inquiétante quand elle s’accompagne de craquements au pliage ou de lignes cassées au dos : ce sont des fils de chaîne rompus, souvent après un stockage plié ou une humidité prolongée. Il faut alors cesser de le plier et le faire examiner.

Parlez-nous de votre tapis

Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.

  1. Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
  2. Le dos, de près, avec une règle posée dessus
  3. Les franges, les lisières et chaque défaut

Vous préférez parler de vive voix ? Appelez l’atelier au 06 24 32 22 19

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