
Paris 16e, de Chaillot à Auteuil : restauration des tapis mités ou usés
Les premiers ateliers de la Savonnerie, manufacture royale de tapis, ont été ouverts sous Louis XIII dans l’actuel 16e, sur la berge de la Seine, sous les hauteurs de Chaillot. Aujourd’hui, les tapis de l’arrondissement souffrent surtout de maux ordinaires : appartements fermés une partie de l’année, mites, franges et lisières usées. Cette page explique ce qu’une réparation peut reprendre sur ces tapis, comment nous montrer les dégâts, et ce que les conservateurs de textiles du quartier enseignent pour les éviter.

Appartements fermés une partie de l’année : le terrain des mites
Selon l’Insee, un logement sur huit, dans le 16e, est une résidence secondaire ou un logement occasionnel (12 %), et 9,3 % sont vacants. Un appartement occupé seulement quelques semaines par an, une chambre d’amis toujours close, un salon de réception où l’on ne passe qu’aux fêtes : ce sont les pièces où les mites prospèrent, dans le noir, sans pas ni aspirateur pour les déranger. Ce sont leurs larves qui mangent la laine : elles tracent des sillons dans le velours, de préférence à l’ombre d’une commode ou contre une plinthe.
Les dégâts se découvrent tard, quand le velours part par plaques en laissant voir la fondation, ou quand des galeries apparaissent sur l’envers. Le travail s’ouvre sur un bain qui débarrasse le tapis des larves ; on renoue ensuite, rang après rang, les brins disparus, dans des laines choisies pour se fondre dans les couleurs voisines. Si la fondation elle-même a été atteinte, elle est reprise avant tout nouage. Une zone très étendue peut aussi être simplement consolidée, pour arrêter les dégâts à moindre coût.

Faire examiner un tapis même quand vous n’êtes pas à Paris
Les photos utiles pour une restauration montrent le défaut sous tous ses angles : vue d’ensemble pour le situer, gros plan sur le dessus, gros plan sur l’envers, avec une règle pour l’échelle. Pour des mites, retournez les coins et inspectez le dessous des meubles bas : de petits cocons blanchâtres ou une poudre de laine trahissent une attaque en cours. Photographiez aussi les franges et les deux lisières, ces cordons qui ferment les côtés longs.
Si vous n’êtes à Paris qu’une partie de l’année, l’enlèvement peut se faire en présence d’un proche, du gardien ou de la personne qui garde vos clés ; indiquez-le simplement dans la demande. Entre le 16e et Boissise-le-Roi, où le tapis sera restauré, on compte environ quarante-cinq kilomètres en ligne droite. Rien n’est entrepris avant votre accord sur un devis poste par poste, et le retour se fait à l’adresse que vous aurez choisie.
De la Savonnerie de Chaillot au palais Galliera : ce que la conservation enseigne
La manufacture doit son nom à la fabrique de savon dont elle reprit les bâtiments, en contrebas de Chaillot. On y nouait au « point de Turquie », le nœud symétrique encore employé dans bien des tapis d’Orient. Une décision royale de 1825 l’a fondue dans l’administration des Gobelins, et elle travaille aujourd’hui dans deux ateliers, l’un à Paris, l’autre à Lodève. Une leçon en vient directement : un tapis se répare dans sa propre langue, avec le même nœud, la même densité, des laines de même grosseur.
Avenue Pierre-Ier-de-Serbie, le palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, garde quelque 200 000 pièces dans ses réserves et renouvelle régulièrement celles qu’il expose, pour des raisons de conservation préventive : la Ville rappelle que le textile est le matériau le plus difficile à faire durer. Chez soi, la transposition est simple : moins de lumière directe, un tapis que l’on fait tourner, que l’on dépoussière et que l’on regarde de près de temps en temps.

Restauration à Paris 16e : vos questions
Mon tapis est décrit comme un « savonnerie » : est-ce un tapis de la manufacture ?
Rarement. Le mot désigne aussi, par extension, des tapis d’inspiration française, noués ailleurs et à d’autres époques. Seul un examen dira de quoi il s’agit. Envoyez les deux faces en photo : vous saurez ce que nous y voyons, et si sa réparation relève de notre atelier.
Au retour d’un long séjour hors de Paris, le tapis est troué : peut-on encore le sauver ?
Dans la majorité des cas, à condition que la fondation tienne encore autour des trous. Les nœuds disparus se refont un à un, en reprenant le motif. Quand les mites ont aussi sectionné la charpente du tapis, les fils qui la composent en long et en large sont d’abord reconstitués. Le coût dépend de la surface atteinte et de la finesse du nouage, ce que les photos permettent d’évaluer.
Le soleil d’une grande baie a délavé tout un côté du tapis : une restauration peut-elle rééquilibrer les couleurs ?
Partiellement. Une retouche de couleur est parfois possible sur une petite surface, mais une décoloration étendue fait partie de la vie du tapis et se corrige mal sans le dénaturer. Le plus utile est d’en limiter la progression : voilage, tapis que l’on fait pivoter à chaque changement de saison, meubles déplacés de temps en temps.
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