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Les tapis du Caucase, des villages entre mer Noire et Caspienne

Sous le nom de tapis du Caucase, le marché range des tapis de village noués entre la mer Noire et la Caspienne, sur les territoires actuels de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, de la Géorgie et du Daghestan. Leurs dessins géométriques et leurs couleurs franches se ressemblent de loin ; de près, les groupes se distinguent par la laine, la hauteur du velours et la densité. Cette page explique comment s’y retrouver, pourquoi une date tissée ne suffit pas et ce qui donne sa valeur à un exemplaire.

Des noms de régions, des graphies variables

Les appellations du commerce sont des noms de régions, de villes ou de marchés, et leur orthographe change d’un catalogue à l’autre : Chirvan est la graphie française de Shirvan, Kouba celle de Quba ou Kuba, Gandja celle de Ganja, Talych celle de Talish.

On distingue d’ordinaire trois grands ensembles. À l’ouest, les Kazak, tissés dans la région de Qazax, aux confins de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et de la Géorgie : laine épaisse, velours haut et noué lâche, compositions amples, rouge dominant. À l’est, le groupe Kouba-Chirvan : fil fin, nouage serré, velours court, motifs nombreux de tailles graduées, bleu très présent. Entre les deux, Gandja et Karabagh associent la construction des Kazak et le décor des tapis de l’est. S’y ajoutent notamment les tapis du Daghestan, de Bakou ou du Talych.

Laine sur laine, nœud symétrique

Dans tout le Caucase, on noue au nœud symétrique, et la fondation, chaîne comme trame, est en laine ; le coton n’apparaît qu’occasionnellement, surtout en trame dans les tapis de l’est. Selon la classification azerbaïdjanaise, la densité tourne autour de 60 000 à 120 000 nœuds au mètre carré pour les Kazak et les Gandja, de 90 000 à 160 000 pour les Karabagh et de 160 000 à 300 000 pour les Kouba et les Chirvan.

Le tissage se pratique surtout dans les villages. À la fin du XIXe siècle, la demande occidentale multiplie la production au Daghestan, à Kouba et au Chirvan : une grande partie des tapis caucasiens anciens du commerce date de cette période et du tout début du XXe siècle.

Couleurs et dates : ce qui aide à situer un tapis

Les rouges des tapis de Kouba et de Chirvan viennent surtout de la garance. Une teinture rouge de synthèse, la fuchsine, arrive dans la région vers 1880, sans évincer aussitôt les teintures naturelles. La Première Guerre mondiale et la guerre civile interrompent ensuite le tissage, qui reprend à la fin des années 1920. Au début des années 1930, la production passe en ateliers : dessins simplifiés, teintures de synthèse généralisées, chaîne et trame de coton. Un caucasien sur fondation de coton aux couleurs vives et uniformes date donc très probablement de cette période ou d’après.

Beaucoup de tapis portent une date tissée, en années de l’hégire. Pour une idée approximative, multipliez le nombre lu par 0,97 et ajoutez 622 : 1307 donne environ 1890. Mais une date se recopie d’un modèle plus ancien, se lit mal ou a pu être retouchée ; elle se confronte toujours aux teintures, aux matières et à l’usure.

Ce qui ressemble à un caucasien sans en être un

Trois productions empruntent les dessins du Caucase sans en venir, ou sans en avoir la construction ancienne.

  • Les Ardabil et les Meshkin, noués dans l’Azerbaïdjan iranien, reprennent des dessins de Kouba et de Chirvan, montés sur coton ; leur production s’est surtout développée après la Seconde Guerre mondiale.
  • Les « Kazak » du Pakistan et d’Afghanistan, apparus dans les années 1980 et 1990, souvent en laine filée main : de vrais tapis noués, mais pas des tapis du Caucase.
  • Les tapis de la période soviétique, des années 1930 aux années 1980, qui gardent les noms anciens avec des matières et des couleurs nouvelles.

Les fragilités d’une fondation en laine

Une chaîne en laine réagit à l’eau : mal lavé ou mal séché, le tapis rétrécit par endroits et se déforme durablement. Bords et extrémités s’effilochent et finissent par libérer des rangs de nœuds ; sur beaucoup de tapis anciens, ils ont déjà été raccourcis ou refaits. La laine de la fondation attire aussi les mites, qui attaquent le dos autant que le velours, surtout sous les meubles. Les bruns teints au fer se creusent avec l’âge. Soulevez régulièrement un coin pour inspecter l’envers, et ne lavez jamais le tapis à grande eau vous-même.

Valeur et accompagnement

Comptent l’âge réel et des teintures naturelles, la rareté et la qualité du dessin, le velours restant, la conservation des bords et des extrémités d’origine, l’absence de restaurations lourdes et les dimensions. Un tapis raccourci ou rebordé perd de son intérêt, même s’il reste beau.

Les photos à prévoir : le dessus, le dos, les deux extrémités, les bords et, le cas échéant, la date tissée. L’atelier vous dit ce qu’il y voit et, si besoin, vient examiner le tapis. Rachat, lavage tenant compte de la chaîne de laine, consolidation des bords : tout se fait sur devis.

Questions fréquentes

Chirvan et Shirvan, est-ce la même chose ?

Oui. Shirvan est la transcription anglaise, Chirvan la française, d’une région historique de l’est de l’Azerbaïdjan, autour de la ville de Chemakha. Les deux graphies désignent les mêmes tapis, comme Kouba et Kuba ou Gandja et Ganja. Sur une facture ou dans un catalogue, ces variantes ne disent rien d’une différence de qualité ou d’âge.

Les tapis caucasiens de l’époque soviétique intéressent-ils les acheteurs ?

Certains, oui. Leurs dessins sont souvent simplifiés, leurs couleurs de synthèse et leur fondation de coton, et ils ne séduisent pas les collectionneurs de pièces du XIXe siècle. Mais la qualité varie beaucoup d’un atelier à l’autre, et un tapis bien noué, en bon état et de belle taille se revend. L’estimation tient compte du nouage, de l’état, des dimensions et du dessin.

Pourquoi mon Kazak ne reste-t-il pas à plat ?

Une fondation en laine travaille avec l’humidité, et une tension inégale au tissage ou un ancien lavage mal séché peuvent faire onduler le tapis ou tirer ses bords. Un spécialiste peut souvent l’améliorer par une humidification contrôlée suivie d’une mise en forme, mais le résultat n’est pas toujours parfait. En attendant, un sous-tapis fin limite les plis et l’usure qu’ils provoquent.

Parlez-nous de votre tapis

Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.

  1. Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
  2. Le dos, de près, avec une règle posée dessus
  3. Les franges, les lisières et chaque défaut

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