
Le tapis d’Ispahan, de la cour safavide aux ateliers du XXe siècle
Un tapis d’Ispahan se signale d’abord par la netteté de son dessin : un médaillon rond, des rinceaux continus, des palmettes tracées jusqu’au bord. La ville fut la capitale des Safavides, mais les Ispahan que l’on trouve aujourd’hui dans les appartements ont presque tous été noués après la reprise des années 1920. Cette page explique comment ils sont construits, ce qui les sépare d’un Naïn ou d’une copie, ce qui les abîme et ce qui fait leur valeur, pour vous aider à décider d’un lavage, d’une réparation ou d’une vente.
Une capitale, une longue éclipse, une renaissance
Ispahan, au centre de l’Iran, devient la capitale de Chah Abbas Ier en 1598. Des ateliers liés à la cour y tissent alors des tapis de luxe, dont des tapis de soie rehaussés de fils métalliques. On les a longtemps appelés « polonais » : à l’Exposition universelle de Paris de 1878, des pièces venues de collections polonaises furent prises pour des fabrications polonaises. Les musées les attribuent aujourd’hui à Ispahan, mais aussi à Kashan ou à Yazd.
La prise de la ville par les Afghans, en 1722, prive ces ateliers de leur clientèle royale, et le tissage de luxe s’effondre. Il ne reprend vraiment qu’au début du XXe siècle : l’Encyclopaedia Iranica situe vers 1921 le moment où Ispahan redevient un grand centre, tourné vers l’Europe et l’Amérique. Des ateliers familiaux, dont celui des Seirafian, fixent alors le style associé au nom de la ville. Un Ispahan de famille date donc, sauf exception, du XXe siècle ou d’après.
Chaîne de soie, laine kork : la construction
Le nœud est asymétrique, dit persan : le fil de laine entoure un fil de chaîne et passe simplement sous son voisin. Dans les pièces d’atelier, la chaîne, c’est-à-dire les fils tendus sur le métier qui ressortent en franges aux extrémités, est souvent en soie ; les qualités plus courantes restent sur coton. Le velours, la surface de laine coupée, est fait d’une laine fine appelée kork, prise selon les sources au cou et aux épaules de jeunes moutons. Il est tondu ras, et la soie souligne parfois le contour des motifs.
Les densités publiées pour les beaux Ispahan vont d’environ 500 000 à un million de nœuds au mètre carré, un peu plus pour quelques pièces exceptionnelles ; un Ispahan de qualité commerciale reste en dessous. Annoncés le plus souvent par les vendeurs, ces chiffres se contrôlent au dos du tapis.
Le dessin et ses couleurs
La composition la plus répandue place un médaillon rond au centre d’un champ couvert de rinceaux, ces tiges qui s’enroulent, et de palmettes, grandes fleurs stylisées vues en coupe. On rapproche souvent ce médaillon de la coupole de la mosquée Cheikh Lotfollah. Vases fleuris, arbres de vie et scènes figurées complètent le répertoire. Les fonds ivoire ou beige alternent avec des fonds bleu nuit ou rouges, et les productions récentes préfèrent des tons plus doux. Beaucoup de pièces portent une signature d’atelier tissée en persan dans la bordure.
Ispahan, Naïn ou copie : les comparaisons utiles
Quatre confusions reviennent souvent, et aucune ne se tranche sur le seul dessin.
- Avec un Naïn : même vocabulaire floral, mais fond ivoire, bleus dominants et contours de soie plus nombreux ; un Ispahan ancien est en général plus coloré.
- Avec une copie nouée hors d’Iran : les grands dessins persans sont repris en Chine, en Inde ou au Pakistan, et la chaîne, la laine ou le nouage trahissent l’origine.
- Avec un tapis mécanique : notre guide sur le tapis noué main donne les repères du dos et des franges.
- Avec une signature trompeuse : un nom tissé se recopie aussi facilement qu’un dessin ; il se lit avec la qualité du nouage, jamais à sa place.
Ce qui fatigue un Ispahan
Un velours tondu ras protège peu : dans un passage, l’usure atteint vite les nœuds, puis la chaîne. Les franges de soie, minces, cassent sous la brosse d’un aspirateur ou les pieds d’une chaise. La lumière directe rend la soie cassante au fil des années, et la chaleur peut la faire rétrécir et faire couler les teintures. Le lavage d’un tapis sur chaîne de soie évite donc l’eau chaude et l’excès d’humidité, et son séchage doit être rapide : c’est un travail de spécialiste. Chez vous, aspirez sans brosse rotative et faites pivoter le tapis d’un demi-tour une ou deux fois par an, pour que soleil et passages ne frappent pas toujours le même côté.
Valeur, vente et soins : ce que l’atelier peut faire
La valeur d’un Ispahan dépend de la finesse et de la régularité du nouage, de la qualité de la laine, d’une éventuelle chaîne de soie, de la netteté du dessin, d’une signature vérifiable et de l’état : velours restant, franges et bords latéraux d’origine, absence de taches ou de décolorations. Les dimensions comptent aussi.
L’atelier l’examine d’abord sur photos : le dessus en entier, le dos à plat avec un mètre posé, les franges et chaque défaut. Il se déplace si nécessaire, peut proposer un rachat, laver le tapis avec les précautions qu’impose la soie ou reprendre franges et usures. L’enlèvement et le retour se font à domicile, et rien n’est entrepris avant votre accord sur un devis.
Questions fréquentes
Mon Ispahan est signé : est-ce une preuve d’authenticité ?
Une signature indique l’atelier qui revendique le tapis, pas forcément celui qui l’a noué, et un nom tissé s’imite. On la confronte donc à la finesse du nouage, à la laine, à la chaîne et au dessin. Envoyez une photo nette de la signature avec une vue du dos : c’est l’ensemble de ces indices qui permet de se prononcer.
Peut-on laver soi-même un Ispahan à chaîne de soie ?
Mieux vaut s’en abstenir. Mouillé à cœur, un Ispahan monté sur soie peut rétrécir de façon inégale, et ses couleurs peuvent couler, surtout si l’eau est chaude ou si le séchage traîne. Chez vous, limitez-vous à éponger une tache fraîche en pressant un linge blanc humecté d’eau claire, sans frotter. Pour un vrai lavage, l’atelier propose un nettoyage adapté à la soie.
Un Ispahan acheté en Iran dans les années 1970 est-il ancien ?
Pas au sens du marché : les marchands réservent d’ordinaire le mot « ancien » aux tapis de plus d’un siècle et parlent de « semi-ancien » entre cinquante et cent ans. Un Ispahan des années 1970 est donc un tapis récent, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une valeur s’il est fin, bien dessiné et en bon état. L’estimation tient compte de ces trois points.
Parlez-nous de votre tapis
Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.
- Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
- Le dos, de près, avec une règle posée dessus
- Les franges, les lisières et chaque défaut
Vous préférez parler de vive voix ? Appelez l’atelier au 06 24 32 22 19