Aller au contenu

Lisières de tapis : quand les bords se défont

La lisière est la finition des deux longs côtés d’un tapis noué main. Aucun velours ne la protège : elle encaisse roulettes, pieds de chaise, aspirateur et frottement des portes. Quand elle cède, les nœuds qu’elle protégeait se défont, puis le dessin de la bordure recule. Cette page décrit comment une lisière est construite, comment repérer son usure à temps, ce qu’il ne faut pas faire soi-même et comment elle se reprend habituellement, selon le type de tapis.

Un cordon qui tient tout le côté

Pendant le tissage, les derniers fils de chaîne de chaque côté, ces fils montés en longueur sur le métier, sont regroupés en un ou plusieurs cordons. À chaque passage, la trame, qui court en largeur et serre les rangées de nœuds, s’enroule autour de ces cordons et les lie au reste du tapis. Sur la plupart des tapis d’Orient, un fil de laine serré les habille en plus : c’est le surjet. Sur un kilim, qui n’a pas de velours, la trame fait en général demi-tour autour du fil de chaîne extérieur.

L’usure suit presque toujours le même ordre. Le surjet s’amincit et laisse voir le cordon, souvent blanc quand la chaîne est en coton. Le cordon s’effiloche, puis rompt par endroits. Plus rien ne retient alors les nœuds voisins : le bord se creuse de petites encoches et la bordure perd quelques rangées. À surveiller :

  • Surjet aminci, décoloré ou absent par segments
  • Cordon visible, pelucheux ou cassé
  • Bord irrégulier, entaillé de petites échancrures
  • Côté qui ondule ou se relève alors que le centre reste à plat
  • Ancienne couture à la machine ou bande collée au dos

Pourquoi un côté s’use plus que l’autre

Une lisière s’abîme là où elle frotte. Le côté qui longe un passage, un canapé souvent déplacé ou une porte qui balaie le tapis vieillit bien avant l’autre. Les pieds de chaise et les roulettes de bureau mordent le bord, l’aspirateur le racle à chaque passage, et certains chats y font leurs griffes. Un tapis qui ondule au sol aggrave tout, puisque le bord relevé accroche pieds et appareils.

Les côtés qui ondulent ont plusieurs origines : une tension inégale laissée par le tissage, un séchage mal conduit, ou une ancienne reprise au surjet trop serré qui raccourcit le bord. Une couture à la machine, parfois posée pour arrêter une usure, ne tient que provisoirement sur un tapis noué main.

En attendant la réparation

Éloignez le côté abîmé du passage, ou tournez le tapis pour que l’usure change de bord. Posez les pieds de meuble à l’intérieur du tapis plutôt qu’à cheval sur la lisière, et passez l’aspirateur parallèlement au bord, sans revenir dessus. Si un fil de surjet pend, ne le coupez pas et ne tirez pas dessus : il servira de modèle pour la couleur et l’épaisseur à retrouver. Mieux vaut aussi éviter :

  • Ruban adhésif, colle ou bande thermocollante au dos
  • Ganse ou galon cousus à la machine
  • Vapeur ou fer à repasser pour aplatir un bord qui roule
  • Surjet improvisé au fil synthétique

Reprendre une lisière : deux situations

Quand le cordon est intact et que seul le surjet manque, la reprise reste assez simple. Le restaurateur choisit une laine de même épaisseur, l’assortit ou la teint à la couleur d’origine, puis enroule le cordon point par point en piquant régulièrement dans les premières rangées du tapis. Tout se joue dans la tension : trop serré, le bord se fronce et ondule ; trop lâche, le surjet glisse et s’use vite.

Quand le cordon est rompu, il faut d’abord le reconstituer. La méthode habituelle consiste à dégager la partie abîmée, à mettre en place de nouveaux fils de chaîne sur la longueur concernée en les ancrant dans les parties saines, puis à les relier au tapis par de nouveaux passages de trame. Les nœuds manquants du bord sont renoués, et le tout reçoit un surjet neuf. Sur un kilim, on retisse la trame autour du fil extérieur. Ces reprises se font sur un tapis propre : le lavage préalable révèle la vraie couleur de référence et l’étendue réelle de l’usure.

D’une région à l’autre, des bords différents

Le nombre de cordons, leur grosseur et la couleur du surjet varient selon les régions et les ateliers. Un restaurateur relève ces détails avant de commencer, car une lisière refaite trop épaisse ou dans la mauvaise teinte saute aux yeux. Sur bien des tapis caucasiens, les Kazak notamment, la chaîne est en laine et la lisière surjetée en bandes alternées de deux couleurs, bleu et ivoire ou bleu et rouge : une reprise fidèle respecte la longueur de chaque bande. Un tapis tufté ou tissé à la machine se termine souvent par un bord cousu, qui se reprend tout autrement.

Côté valeur, une reprise à la main dans des laines assorties se remarque en général bien moins qu’un bord qui se défait, une bande collée ou un surfilage mécanique. Avant de vendre ou de faire restaurer une pièce ancienne, faites-la estimer : il suffit pour commencer de photographier chaque côté, le dos et les endroits usés.

Questions fréquentes

Le côté de mon tapis ondule : la lisière est-elle en cause ?

Pas toujours. Un surjet trop serré, ancien ou récent, raccourcit le bord et le fait onduler ; le reprendre avec une tension régulière règle alors le problème. Mais l’ondulation peut aussi venir du tissage ou d’un séchage mal conduit ; elle se corrige alors plutôt au lavage, en remettant le tapis mouillé à ses dimensions. Des photos du tapis posé au sol, prises en lumière rasante, aident à trancher.

Une ganse cousue suffit-elle à protéger le bord ?

Sur un tapis tufté ou tissé à la machine, c’est la finition habituelle. Sur un tapis noué main, une ganse masque l’usure mais ne retient pas les nœuds si le cordon est cassé dessous, et elle change l’allure du tapis. Le surjet de laine, lui, fait partie de la structure : il protège le cordon et se renouvelle quand il s’use, sans rien enlever au tapis.

Mes lisières alternent deux couleurs : peut-on les refaire à l’identique ?

En général, oui. Le restaurateur mesure la longueur de chaque bande, note l’ordre des couleurs et assortit deux laines aux anciennes, patinées par le temps. De très près, la reprise reste perceptible, car une laine qui n’a jamais vu la lumière paraît plus vive. À distance normale, le rythme du bord est retrouvé, et c’est ce qui compte pour l’œil.

Parlez-nous de votre tapis

Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.

  1. Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
  2. Le dos, de près, avec une règle posée dessus
  3. Les franges, les lisières et chaque défaut

Vous préférez parler de vive voix ? Appelez l’atelier au 06 24 32 22 19

Demande d’estimation et de devis

Les photos sont allégées sur votre appareil avant l’envoi.

AppelerEnvoyer des photos