
Kashan, une vieille ville de tisserands entre Téhéran et Ispahan
Le nom de Kashan évoque un tapis rouge à médaillon, d’une laine douce et serrée. La ville a pourtant connu plusieurs âges : soieries de cour au XVIe siècle, renaissance à la fin du XIXe autour de laines importées, production abondante au XXe. Savoir de quel âge relève votre tapis change beaucoup, pour son entretien comme pour son estimation. Voici les repères qui permettent de le situer, les étiquettes commerciales à vérifier et les soins qu’il demande.
Trois âges du tapis de Kashan
Kashan, entre Téhéran et Ispahan, est un centre réputé de tissage de la soie à l’époque safavide. On lui attribue un petit groupe de tapis entièrement en soie du XVIe siècle, dont une vingtaine seulement nous sont parvenus ; l’attribution repose surtout sur la renommée des soieries de la ville. En 1601, le roi de Pologne Sigismond III y fait commander des tapis aux armes royales.
La renaissance moderne date de la fin du XIXe siècle. Un récit rapporté par le spécialiste britannique Cecil Edwards veut qu’un marchand de Kashan, dont l’épouse venait d’Arak, ait fait nouer un stock invendu de laine filée à Manchester ; le succès de ces tapis aurait relancé la production de la ville et de ses villages. Les historiens jugent l’anecdote trop simple, mais l’emploi de laines importées est bien attesté. Le nom de Mohtasham, maître tisserand actif vers 1840-1885, reste attaché aux pièces les plus fines de cette période.
Au XXe siècle, la ville et ses environs produisent en grande quantité. En 2010, l’UNESCO a inscrit le tissage des tapis de Kashan sur sa liste du patrimoine culturel immatériel.
Construction, laine et dessin
L’UNESCO décrit un nœud asymétrique, dit farsi, une chaîne et une trame de coton ou de soie (la chaîne court dans la longueur du tapis, la trame dans la largeur), un velours en laine, parfois en soie, le tout noué sur un métier appelé dar ; le dos est fin et régulier. Dans la pratique, la plupart des Kashan de laine ont une fondation de coton et une trame double.
Les densités varient selon l’époque et l’atelier. Les Kashan de laine du XXe siècle se situent le plus souvent entre 150 000 et 400 000 nœuds au mètre carré. Les belles pièces de la fin du XIXe siècle montent plus haut : un tapis de l’atelier Mohtasham passé chez Sotheby’s comptait environ 60 nœuds au centimètre carré, soit 600 000 au mètre carré. Les laines de Manchester, souvent du mérinos, et la laine kork des pièces récentes donnent ce toucher presque velouté qui fait la réputation de la ville.
Le schéma attendu est un médaillon central, souvent lobé et prolongé de pendentifs, avec dans les angles du champ des quarts de médaillon appelés écoinçons. Le champ est rempli de fleurs, de palmettes et de rinceaux. Le fond est rouge ou ivoire, la bordure souvent bleu nuit. On trouve aussi des tapis de prière, avec une niche tissée (le mihrab), et des compositions à motif répété. Les catalogues écrivent indifféremment Kashan ou Keshan.
Les étiquettes à vérifier
Plusieurs mots reviennent dans les annonces de Kashan anciens ; aucun ne suffit à établir l’âge ou la qualité.
- « Mohtasham » : le mot sert couramment pour tout Kashan ancien et fin, alors que les pièces signées du maître lui-même forment un petit groupe connu.
- « Manchester » : il désigne les tapis noués avec ces laines importées, mais devient parfois un simple argument pour une laine douce.
- « Kashan » sur une étiquette : comme les autres grands dessins persans, celui-ci est repris hors d’Iran ; seule la construction tranche.
- Les retouches : sur des Kashan usés, il arrive que des zones râpées aient été recolorées à l’encre ou à la teinture, ce qu’un lavage fait souvent apparaître.
Usure, couleurs, entretien courant
Un Kashan de laine s’use par plaques : le velours disparaît d’abord sur les reliefs du sol, devant un fauteuil, dans un passage, jusqu’à laisser voir la trame. Une teinture mal fixée, quel que soit l’âge du tapis, peut couler au premier lavage mal conduit. Les franges de coton et les lisières, bords latéraux du tapis, très sollicitées, ont souvent déjà été reprises sur les pièces anciennes. Au quotidien : aspiration régulière sans brosse rotative, taches épongées à l’eau claire et jamais avec un produit ménager, et un œil sur les mites dans les zones sombres, sous les meubles.
Valeur et accompagnement
La valeur d’un Kashan tient à sa période, à la laine employée, à la densité, à la netteté du dessin, à l’état du velours, des franges et des lisières, à ses dimensions, et à une signature quand elle est authentique. Un Kashan récent, noué main et bien conservé, garde une valeur de revente ; un Kashan ancien très usé peut en conserver une, selon son dessin et sa finesse.
L’estimation commence sur photos et se poursuit sur place quand c’est utile. L’atelier peut ensuite racheter le tapis, le laver ou restaurer ses parties usées ; chaque intervention fait l’objet d’un devis préalable, et l’atelier se charge de l’aller et du retour du tapis.
Questions fréquentes
Mon Kashan porte une inscription en persan : est-ce une signature Mohtasham ?
Pas forcément. Une inscription peut nommer un atelier, un commanditaire, un lieu ou porter une date. Les tapis signés par Mohtasham lui-même sont rares, et quelques autres portent le nom de son atelier ou de son fils. Photographiez l’inscription bien à plat, de face, et joignez une image du dos : la lecture du texte et la facture du tapis se vérifient ensemble.
Faut-il restaurer un Kashan usé jusqu’à la trame ?
La réponse tient à ce que vaut la pièce et à l’usage prévu. Sur une pièce fine, le restaurateur peut renouer la zone usée avec des laines teintes à la nuance, un travail long. Sur un Kashan plus ordinaire, on se contente souvent de stabiliser : fixer les fils qui se défont, protéger les bords, arrêter l’usure. Quand les deux options existent, le devis les présente.
Un Kashan des années 1970 se revend-il ?
Oui, à condition d’être noué main et bien conservé ; il attire simplement une autre clientèle que les Kashan de la fin du XIXe siècle. Sa valeur dépend de la densité, de la laine, de la tenue des couleurs et des dimensions. Pour en juger, envoyez une vue d’ensemble, un gros plan du dos à côté d’un mètre et les défauts éventuels ; un examen sur place complète si besoin.
Parlez-nous de votre tapis
Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.
- Le tapis entier, à plat, à la lumière du jour
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