
Rueil-Malmaison : la restauration des tapis éprouvés par l’humidité, le garage ou le temps
Le musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau conserve un tapis qui a traversé deux siècles, et dont l’histoire en dit long sur ce qu’une restauration doit respecter. Les tapis des maisons rueilloises mènent des vies plus simples, mais ils affrontent des ennemis connus : l’humidité des sous-sols proches de la Seine, les rangements de fortune au garage ou sous les toits, les réparations hâtives. Voici ces situations, les reprises possibles, et la manière de confier un tapis abîmé à l’atelier.

Sous-sols près du fleuve, garages et greniers : là où les tapis souffrent
Le plan préfectoral de 2004 contre les crues du fleuve décrit la zone inondable de Rueil-Malmaison comme une urbanisation récente et continue, faite de pavillons anciens ou récents et de petits immeubles. Il note que, dans la commune, les hauteurs d’eau calculées pour une crue comparable à celle de 1910 dépassent légèrement celles de l’époque, à cause du remblaiement de l’île Marante, à Colombes. Après une inondation, ou simplement après des années contre un mur humide, la base de coton d’un tapis peut pourrir sans signe en surface. Elle devient cassante, craque quand on la plie, puis se fend. On ne restaure pas un tapis dans cet état sans d’abord consolider sa charpente.
Les maisons offrent aussi des rangements tentants. Dans la commune, 22,4 % des résidences principales ont au moins cinq pièces, avec souvent un garage, un sous-sol, des combles. Un tapis roulé qu’on y oublie subit tour à tour l’humidité d’hiver et la chaleur sèche d’été, qui rend la laine cassante ; les mites, elles, profitent de l’obscurité. Une zone rongée se renoue si la charpente a résisté ; si les fils ont cédé, on les reconstitue d’abord, puis on refait les nœuds.

Photographier un dégât pour qu’il se lise à distance
Pour chaque défaut, deux images : l’endroit, puis l’envers au même endroit, une règle à côté. C’est au revers qu’on voit si des fils de chaîne sont rompus, si une reprise a été faite à la colle ou à l’aiguille, si des taches brunes trahissent une pourriture. Joignez un plan large du tapis, ses extrémités frangées et ses deux côtés, que bordent les lisières, des cordons gainés de laine. Ne pliez jamais un tapis que vous croyez fragile pour le photographier : laissez-le bien à plat, ou roulez-le sans serrer autour d’un tube. Dans une maison, indiquez où il se trouve, étage, sous-sol, garage, et par quelle porte il sortira le plus facilement. L’atelier de Faronville, à cinquante kilomètres environ en distance directe, établit ensuite un devis où chaque reprise figure séparément, et aucun fil n’est touché sans votre accord.
Un tapis d’Empire à la Malmaison : ce qu’une restauration doit respecter
Acquise par Joséphine en 1799, léguée à l’État en 1904 par le philanthrope Daniel Osiris et rouverte comme musée en 1906, la Malmaison conserve la réplique d’un tapis de la Savonnerie dessiné en 1806 par l’architecte François Debret pour la chambre du Conseil d’État. Remise au roi de Saxe en décembre 1809, elle fut vendue après la chute de la monarchie saxonne, en 1918, achetée par un Américain, puis donnée au château par son épouse. C’est aujourd’hui, selon la Fondation Napoléon, le seul tapis d’époque qui porte encore les emblèmes de l’Empire : le N entouré de lauriers, les abeilles, la couronne, l’aigle.
Les autres tapis des salles du trône ont perdu ces motifs sous la Restauration : on les a retirés, comme on retouche un dessin devenu gênant. Celui de la Malmaison montre ce qu’on gagne à ne pas effacer. À l’échelle d’un tapis de maison, la règle est la même. Une restauration reprend la structure avec les techniques propres au tapis, respecte son dessin et ses couleurs, et ne cherche pas à gommer son histoire : une ancienne reprise solide se conserve, celle qui tire ou déforme se refait.

Restauration à Rueil-Malmaison : vos questions
Le tapis craque quand on le roule après des années au sous-sol : est-il récupérable ?
Parfois. Ce craquement signale une fondation de coton affaiblie par l’humidité. Si les zones touchées sont limitées, on les consolide en reprenant les fils, puis le tapis peut être lavé avec précaution. Si la pourriture gagne tout le tapis, la restauration ne se justifie plus guère. Ne le pliez plus, et montrez-nous en photo l’envers et les zones qui craquent.
Notre tapis montre d’anciennes reprises maladroites : doit-on les refaire ?
Non, pas forcément. Une vieille reprise un peu visible, qui tient bien et ne déforme pas le tapis, appartient à son passé. On la refait si elle tend les fils de chaîne, si elle a été collée, ou si ses laines ont déteint sur le dessin. L’examen du revers dit laquelle de ces situations est la vôtre ; le devis distingue l’utile du superflu.
Un tapis a passé plusieurs hivers dans la véranda et sa laine a pâli : la restauration peut-elle rendre la couleur ?
En partie, et pas toujours. Le soleil a mangé la teinture : le lavage ne la rendra pas. Sur une zone limitée, on peut retoucher la teinte de la laine sur place ; sur un tapis entier, on accepte souvent la patine, qui n’est pas un défaut sur une pièce ancienne. Des photos prises à la lumière du jour suffisent pour vous dire, avant tout travail, ce qu’on peut espérer.
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