
Tapis de famille à Versailles : leur restauration et la leçon des tapis royaux
Le château conserve un grand tapis de la Savonnerie achevé en 1673, et une trentaine de ses semblables, tissés pour le Louvre, ont été montrés au public début février 2026 après restauration. Entre ces pièces royales et le tapis persan d’un salon versaillais, l’échelle change, pas la logique : consolider la structure d’abord, garder ce qui est d’origine, noter chaque reprise. Repères à retenir, dégâts typiques des intérieurs de la ville et photos à prendre : voici l’essentiel.

Du tapis d’Apollon aux Savonnerie exposées en 2026 : ce qu’enseigne la conservation
Le grand tapis à la figure d’Apollon, achevé en 1673 par la Savonnerie, a eu une existence agitée : vendu pendant la Révolution, racheté au XIXe siècle, passé par Fontainebleau et le Louvre, il a été déposé au château de Versailles en 1907 et s’y trouve toujours. Pendant une semaine, début février 2026, le Grand Palais a déployé une trentaine de ses semblables, que Louis XIV destinait au Louvre, pour sa Grande Galerie ; sur les 92 pièces de cette commande, 41 appartiennent aux collections nationales, et celles que l’on exposait venaient d’être longuement restaurées par le Mobilier national.
L’atelier n’a aucun lien avec ces chantiers, mais leur démarche vaut pour un tapis transmis dans une famille. On stabilise d’abord ce qui menace de s’étendre, une chaîne rompue ou un bord ouvert, avant de s’occuper de l’aspect. On garde les anciennes reprises solides, qui appartiennent à l’histoire de l’objet. On note chaque intervention, pour que la suivante parte d’une base connue. Un tapis traverse ainsi plusieurs vies, à condition qu’aucun petit défaut ne devienne une déchirure.

Seuils, meubles d’époque et hautes fenêtres : les dégâts courants dans un intérieur versaillais
Dans les appartements anciens de Notre-Dame ou de Saint-Louis, l’usure suit la géométrie des pièces : le tapis bute contre un seuil, frotte le long d’une plinthe. Les lisières, c’est-à-dire les deux côtés du tapis, enroulés de laine, s’ouvrent alors par endroits ; les franges, qui ne sont autres que les fils de chaîne laissés libres aux deux bouts, s’effilochent là où l’on passe. Les commodes et meubles estampillés que conserve le musée Lambinet, boulevard de la Reine, rappellent que le mobilier ancien repose souvent sur des pieds étroits : sur un tapis, ce type de pied concentre tout le poids sur quelques centimètres carrés, écrase le velours et finit, s’il est rugueux, par couper la trame.
Les hautes fenêtres du bâti ancien font pâlir la partie du tapis qui leur fait face. Dans les maisons de Montreuil ou de Porchefontaine, un chien qui gratte toujours au même endroit ou une porte de jardin restée ouverte suffisent à créer un trou ou une auréole. Quant aux mites, elles s’installent dans les pièces où l’on entre peu, chambre d’amis ou bureau fermé, derrière un canapé jamais déplacé.
Montrer chaque défaut, puis nous confier le tapis
Avant d’établir le devis, nous devons voir chaque défaut à deux échelles : de loin, pour le situer dans le dessin, et de très près, règle à l’appui, pour en mesurer l’étendue. Photographiez aussi l’envers au même endroit, car une zone saine en apparence peut cacher une chaîne cassée ; pour les franges et les côtés, suivez le bord d’un bout à l’autre. Dites-nous ce que vous savez des réparations passées et la cause des dégâts : mites, animal, meuble, pliage. Le devis sépare ensuite les reprises nœud par nœud des simples consolidations. Si vous l’acceptez, le tapis est enlevé chez vous et gagne Boissise-le-Roi, séparé de Versailles par moins de cinquante kilomètres à vol d’oiseau ; il y est restauré, puis rapporté. Un tapis abîmé voyage roulé, jamais plié : prévenez-nous si l’escalier tourne serré, si l’immeuble n’a pas d’ascenseur, et signalez une cour où stationner.

Restauration à Versailles : vos questions
Les mites ont rasé le velours sous le canapé d’une chambre d’amis, dans notre maison de Porchefontaine : la zone peut-elle être refaite ?
Le plus souvent, oui, si la base a tenu. Un lavage complet supprime d’abord œufs et larves. On reprend ensuite les parties tondues par les insectes en renouant avec des laines assorties ; si elles sont très étendues et que le tapis est modeste, une consolidation qui stoppe l’usure suffit. Photographiez la zone de très près, règle posée à côté, puis son envers, qui révèle l’état de la base.
Un tapis hérité de ma grand-mère montre au dos d’anciennes reprises de couleurs un peu différentes : faut-il les défaire ?
Pas si elles tiennent et ne déforment pas le tapis. Une reprise ancienne solide fait partie de son histoire, et la défaire affaiblit souvent ce qui l’entoure. Nous ne la refaisons que si elle tire sur la chaîne, se détache ou jure franchement avec le dessin. C’est aussi la règle suivie en conservation : on ne retire que ce qui nuit.
Notre chien a mâchonné un coin du tapis dans la maison de Clagny-Glatigny : la lisière et les franges peuvent-elles être refaites ?
En général, oui. Le bord latéral se regaine d’un surjet dans une laine de la même couleur ; si le cordon intérieur a été arraché, on le refait d’abord. Les franges se consolident ou, si elles ont disparu, se recréent en prolongeant la chaîne. Quand des nœuds manquent dans l’angle, on les refait d’après le motif voisin. Photographiez l’angle, dessus et dessous, une règle à côté.
Versailles
Restauration de tapis à proximité
Pour aller plus loin
Votre tapis, à Versailles
Photos du dessus, du dos et des défauts, dimensions approximatives : nous vous recontactons avec un premier avis.
Vous préférez parler de vive voix ? Appelez l’atelier au 06 24 32 22 19