
Faut-il couper les franges d’un tapis ? Ce que l’on risque, ce que l’on peut faire
Pour un tapis noué main, la réponse est non : les franges prolongent la chaîne qui porte toute la structure, et les trancher au ras du tissage prive les derniers rangs de nœuds de leur appui ; ils finissent par tomber. Sur un tapis mécanique ou tufté, la frange est presque toujours une bande cousue après fabrication, que l’on peut retirer sans menacer le tapis. Entre ces deux cas, il existe des réponses aux franges trop longues, abîmées, grisées ou happées par l’aspirateur, de la plus simple, les rentrer dessous, à la reprise par un restaurateur.
Avant tout, savoir d’où partent les franges
Prenez un fil de frange entre deux doigts et suivez-le vers le tapis. S’il s’enfonce dans le tissage et continue sous les rangées de velours, c’est un fil de chaîne : la frange appartient au tapis. S’il s’arrête sur une couture, ou sur un galon replié sous le bord, la frange a été rapportée. C’est la règle sur les tapis mécaniques et tuftés, et parfois la trace d’une ancienne réparation sur une pièce nouée.
Sur beaucoup de tapis persans, la chaîne est nouée par petits groupes contre le tissage, ou précédée d’un court tissage plat, sans nœuds, qui ferme l’ouvrage. Ces finitions retiennent la dernière rangée du velours. Supprimer l’une d’elles oblige à bloquer le bord autrement.
Ce qui se passe quand on coupe trop court
Une frange coupée au ras ne retient plus rien. Les fils de chaîne mis à nu glissent, les derniers nœuds perdent leur prise et partent sous les pas ou à l’aspirateur ; le tapis raccourcit d’une rangée à l’autre et la bordure du dessin s’entame. La colle, parfois proposée pour figer l’extrémité, n’arrête pas ce mouvement et complique la réparation qui suivra.
Sur un tapis ancien, l’enjeu dépasse la solidité : les acheteurs tiennent à l’état d’origine, et une extrémité tronquée se remarque. Ne coupez rien avant d’avoir montré le tapis à un professionnel.
Des franges trop longues, grises ou emmêlées
La plupart des gênes se règlent sans ciseaux :
- emmêlées : démêlez-les doucement aux doigts ou au peigne à larges dents, en partant de l’extrémité, sans tirer sur le bord ;
- grisées : elles se nettoient avec le reste du tapis ; l’eau de Javel, tentante pour les blanchir, affaiblit le coton jusqu’à le rompre et peut atteindre la laine voisine ;
- aspirées : réduisez la puissance et protégez-les d’une moustiquaire, ou laissez-les de côté ;
- avalées par un robot : réglez son application pour qu’il contourne le tapis, plutôt que de raccourcir les franges comme le suggèrent certains fabricants ;
- trop longues à votre goût : rentrez-les à plat sous le tapis, la thibaude les maintiendra.
Rentrer, raccourcir ou reprendre
Rentrer les franges ne coupe rien et reste réversible ; cela convient surtout aux franges courtes et aux tapis assez fermes. Sur une pièce fine ou fragile, demandez conseil, car un pli répété fatigue des fils déjà usés. Un galon de coton cousu sous l’extrémité donne une finition plus nette.
Pour des franges plus courtes, la coupe n’est que la seconde étape. Un restaurateur bloque d’abord le bord : un point de surjet passé à l’aiguille, qui enserre la chaîne et la dernière rangée, ou une nouvelle série de petits nœuds. Les franges peuvent ensuite être égalisées sans danger pour le tissage.
Quand elles ont disparu et que les nœuds commencent à partir, plusieurs réparations existent : arrêter l’extrémité par un surjet après avoir retiré les rangées abîmées, réinsérer des chaînes neuves pour recréer de vraies franges, ou coudre une frange tissée d’avance, plus simple, qui laisse intact ce qui reste de l’original. Sur un tapis mécanique ou tufté, la frange cousue se découd, et le bord se termine par une ganse ; c’est aussi la solution d’un tapis noué trop usé pour justifier davantage.
Questions fréquentes
Mes franges sont de longueurs inégales : puis-je les égaliser aux ciseaux ?
Seulement de quelques millimètres, sur les plus longues, et à bonne distance du tissage. Des franges inégales viennent souvent d’une usure plus forte d’un côté ou de nœuds de finition qui ont lâché : dans ce cas, couper ne règle rien, il faut d’abord reprendre l’extrémité. Si vous hésitez, une photo nette du bord suffit à un restaurateur pour vous orienter.
Les franges sont nouées en petits paquets : puis-je défaire ces nœuds ?
Non. Ces nœuds de finition, qui réunissent quelques fils de chaîne contre le tissage, retiennent la dernière rangée du velours. Les défaire pour obtenir une frange plus souple ou plus longue libère les fils et fragilise l’extrémité. S’ils sont sales, ils se lavent avec le tapis ; s’ils ont lâché par endroits, un restaurateur les refait à l’identique.
Un kilim supporte-t-il mieux qu’on coupe ses franges ?
Non. Sur un kilim aussi, les franges sont les fils de chaîne, et c’est autour d’eux que la trame colorée est tassée pour former le dessin. Coupés trop court, ils laissent la trame glisser et l’extrémité s’effilocher. Les bords d’un kilim se bloquent de la même façon, par des nœuds ou un surjet, avant toute coupe.
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