
Mennecy : l’estimation d’un tapis d’Orient, quand aucune marque ne parle
Mennecy reste attaché à une porcelaine dont les pièces se reconnaissent souvent à deux lettres, D.V., pour Villeroy. Un tapis d’Orient ne porte presque jamais de marque, et sa valeur se lit autrement : au dos, dans la laine, dans les couleurs et dans l’état. Voici dans quels cas une estimation rend service dans une commune de propriétaires, comment l’obtenir sur images, et comment une succession traite les meubles d’une maison.

Propriétaires de longue date : successions et partages
Les propriétaires représentent 60 % des ménages, selon l’Insee, et 45,5 % des ménages n’ont pas changé d’adresse en dix ans ; 16 % des habitants ont 65 ans ou plus. Les tapis de ces maisons y sont restés longtemps, achetés pour elles ou hérités. Le jour où la maison est vendue ou transmise, la question de ce qu’ils valent arrive en même temps que celle du partage. Une estimation rend à chaque tapis son rang : tissé à la machine ou tufté, il ne trouve presque pas d’acheteur d’occasion ; noué main, il peut en intéresser selon sa provenance, sa finesse et son état.
La fiscalité suit sa propre logique. Dans la déclaration remise à l’administration fiscale après un décès, les meubles meublants s’évaluent au prix d’une vente publique, à la valeur d’un inventaire ou, à défaut, par un forfait égal à 5 % des autres biens de la succession, que prévoit l’article 764 du CGI. Le notaire choisit la méthode avec les héritiers ; savoir ce que valent les tapis les aide à le faire en connaissance de cause. Notre estimation, elle, n’a rien d’officiel : c’est un avis.

Sur images d’abord, avant que la maison ne se vide
Pour un premier avis, il faut voir le tapis comme le verrait quelqu’un qui le retourne. Un tapis vu seulement de face ne livre presque rien de sa fabrication. Commencez par le tapis entier, photographié d’en haut, à plat ; puis un angle du revers, de tout près, avec une règle ; puis les extrémités, les bords et les défauts ; enfin, s’il en existe, la facture, l’étiquette ou un cliché de famille sur lequel on le reconnaît. Indiquez ses mesures hors franges.
Si les clichés ne permettent pas de trancher, une visite à la maison complète l’examen ; à vol d’oiseau, Faronville est à onze kilomètres et demi. Pour plusieurs tapis, attribuez un numéro à chacun et refaites pour tous les mêmes vues. Un tapis très grand se photographie aussi en deux moitiés, sous le même éclairage. L’avis situe la provenance, la façon dont le tapis a été fait, son état et ses chances sur le marché.
D.V. gravé sous le pied : une marque qui date, un tapis qui n’en a pas
La porcelaine tendre de Mennecy-Villeroy portait d’abord les initiales D.V. peintes en bleu ou en rouge ; à partir de 1748, elles sont gravées en creux sous le pied des pièces. Après l’installation de la fabrique à Bourg-la-Reine, en 1772, la marque associe B.R. aux deux lettres, et la manufacture de Mennecy, abandonnée, ferme en 1777. Deux vases Médicis sortis de ses fours vers 1748-1750, autrefois au château de Chamarande, ont été inscrits monuments historiques en 2011 ; le département les conserve à l’hôtel du département, à Évry.
Pour la porcelaine, la marque aide à dater et à attribuer. Pour un tapis, rien de tel : la plupart n’ont ni marque ni date, et une inscription tissée, quand elle existe, se lit avec prudence, car elle a pu être recopiée d’un modèle. L’estimation repose donc sur des indices matériels : la forme du nœud, le nombre de nœuds au centimètre et leur alignement, le toucher de la laine, la nature des teintures, l’usure et les réparations.

Estimation à Mennecy : vos questions
Pour les meubles, le notaire a appliqué le forfait de 5 % : l’estimation des tapis sert-elle encore ?
Elle n’a rien d’obligatoire, mais elle reste souvent utile. Le forfait sert au calcul des droits ; il ignore la valeur réelle de chaque tapis et ne dit pas comment les répartir entre héritiers. Une estimation donne à chacun la même base de discussion et permet de répartir les tapis entre ce que l’on garde, fait restaurer ou vend. Si un tapis sort de l’ordinaire, signalez-le au notaire.
Une étiquette « Iran » cousue au dos suffit-elle à prouver l’origine du tapis ?
Elle donne une indication, pas une preuve. Une étiquette peut venir de l’importateur, du magasin ou d’un ancien propriétaire, et rien n’empêche qu’elle ait été cousue sur un tapis noué ailleurs. L’origine se lit dans le tapis : forme du nœud, matières des fils de fond, finition des lisières, dessin. Photographiez l’étiquette et laissez-la en place : elle appartient à son parcours.
Peut-on faire estimer en même temps le tapis du salon et la porcelaine de Mennecy de la famille ?
L’atelier n’estime que les tapis : pour la porcelaine, mieux vaut solliciter une maison de ventes rompue aux arts décoratifs, ou un commissaire de justice. Rien n’empêche d’organiser les deux examens à la même période, lors d’un partage. Pour le tapis, deux ou trois images suffisent au départ ; pour la porcelaine, notez déjà si les pièces portent, sous le pied, des initiales peintes ou gravées.
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