
Fontainebleau : la leçon du boudoir turc pour la restauration d’un tapis de famille
Créé en 1777 pour Marie-Antoinette, le boudoir turc du château de Fontainebleau s’est ouvert aux visiteurs en 2015, au terme de sept ans de chantier. Ses restaurateurs ont nettoyé et réparé les rideaux anciens et fait retisser à Lyon le velours de soie de l’ameublement. Conserver ce qui tient, ne refaire que ce qui manque : cette règle guide aussi la restauration d’un tapis de famille. Voici comment elle s’applique dans les appartements bellifontains, et comment confier votre tapis à l’atelier.

Conserver ce qui tient, refaire ce qui manque
Le boudoir turc est une petite pièce d’environ onze mètres carrés, décorée dans le goût oriental alors à la mode, puis remeublée sous l’Empire pour Joséphine, avec des meubles de Jacob-Desmalter. Sa restauration, soutenue notamment par l’INSEAD, a porté sur les décors peints, les miroirs et les cloisons ; les rideaux de mousseline brodée et de taffetas de soie ont été nettoyés et réparés, tandis qu’environ vingt-six mètres de velours de soie lamé or étaient tissés à Lyon, sur un métier à bras, pendant quinze mois.
Un tapis fait main se restaure dans le même esprit. Tant que sa charpente tient, on garde la laine d’origine, même usée, et l’on ne renoue que les plages tondues jusqu’à la trame. Là où la structure a cédé, on la reconstitue, avec une laine teinte pour s’accorder au tapis tel qu’il est devenu. Remplacer un champ entier pour effacer l’âge, à l’inverse, ferait perdre au tapis une part de son intérêt et de son histoire.

Hautes fenêtres, plis, fuites : l’usure dans les logements anciens
La ville conserve bien des hôtels particuliers et immeubles anciens, du boulevard Magenta, avec l’hôtel du Tambour et l’hôtel de Pompadour, jusqu’à la place d’Armes et l’hôtel d’Albret. Les tapis y vivent souvent dans des pièces hautes et claires, où le jour des hautes croisées pâlit d’abord la moitié exposée à la lumière. Ils y sont aussi beaucoup déplacés : roulés pour des travaux, pliés pour libérer une pièce, glissés d’un parquet à l’autre. Chaque pli marqué affaiblit la chaîne, et les déchirures s’ouvrent volontiers sur ces lignes.
Les dégâts des eaux sont l’autre grand accident des immeubles anciens : une fuite venue de l’étage du dessus, un radiateur qui goutte, un vase renversé sur un tapis qu’on ne déplace jamais. L’eau peut faire couler une teinte sur sa voisine et, si elle séjourne, affaiblir la fondation de coton. Une restauration redonne alors localement sa nuance au velours quand c’est possible, et reconstitue les fils de structure affaiblis. Plus l’eau est restée longtemps, plus la reprise sera étendue. Un lavage précède ces reprises : un tapis se répare une fois lavé et séché.
Confier une restauration depuis Fontainebleau
Photographiez chaque défaut côté velours, une mesure posée contre lui, puis le même endroit vu de dessous ; ajoutez une vue d’ensemble qui situe les dégâts dans le dessin. Notez depuis quand ils sont apparus et leur cause si vous la connaissez : un meuble, un animal, une fuite, des mites. Laissez en place les brins qui pendent et n’appliquez aucune colle. Si des reprises anciennes existent, montrez-les aussi.
L’atelier, à quelque douze kilomètres de la ville, fait enlever le tapis chez vous ; il y revient dès que la reprise est terminée, selon le devis accepté. Pour un appartement de l’hypercentre, indiquez le porche ou la cour où charger ; pour une maison de Damesme ou du Touring-Club, l’accès au jardin. Un tapis fragile, déchiré ou très mité ne se roule pas serré : laissez-le à plat, il sera roulé avec précaution au moment de l’enlèvement.

Restauration à Fontainebleau : vos questions
Dans un vieil immeuble du centre, une fuite a fait couler une couleur sur le fond clair du tapis : est-ce rattrapable ?
Souvent en partie. Une teinte qui a voyagé récemment s’atténue parfois au lavage ; plus l’auréole est ancienne, plus elle se fixe. Si elle résiste, on peut redonner sa nuance au velours sur la zone, ou renouer une petite surface. Envoyez des clichés pris près d’une fenêtre, sur les deux faces, et indiquez la date de la fuite : l’information pèse lourd dans le diagnostic.
Un tapis de soie mité, dans une chambre où l’on ne va guère, se répare-t-il ?
Souvent, mais avec plus de précautions qu’un tapis de laine. La soie se renoue avec une soie assortie, sur une chaîne souvent très fine, et une attaque étendue se consolide plutôt qu’elle ne se refait. Il faut d’abord s’assurer que c’est bien de la soie et non de la viscose, qui supporte mal la réparation. Une photo rapprochée des deux faces nous aidera à trancher.
Faut-il restaurer un tapis ancien avant de le présenter aux enchères ?
Pas forcément, et rarement sans avis. Une restauration lourde se paie rarement au moment de la vente, et certains acheteurs préfèrent un tapis dans son état, réparations anciennes comprises. Stopper l’effilochage d’une frange ou consolider une lisière fragile, en revanche, évite que le tapis se dégrade d’ici la vacation. Interrogez-nous sur ce qui est utile avant de vous décider.
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