
Meudon, entre la forêt et les quais de Seine : le lavage des tapis noués main
Meudon a longtemps vécu du blanc : celui des lavandières du Bas-Meudon, celui des blanchisseries installées près des sources du ru d’Arthelon, celui de la craie tirée de ses carrières et devenue une poudre à polir. Aucune de ces traditions ne convient pourtant à un tapis d’Orient. Il se salit à sa manière, selon qu’il vit près des bois, au-dessus des quais ou en haut d’une rue en pente, et c’est ce qui décide du lavage. Voici comment lire ces salissures, puis organiser le voyage du tapis jusqu’à l’atelier.

Terre des sous-bois, suie des quais : les salissures d’un tapis meudonnais
La forêt domaniale s’étend sur près de 1 100 hectares, partagés entre Meudon, Clamart, Chaville, Vélizy et Viroflay, et la ville entretient en outre sept parcs ainsi que dix-huit jardins et squares. Chaque promenade ramène, collée aux semelles, une terre fine mêlée de sable et de feuilles broyées, qui finit par se loger au ras des nœuds. Ces grains sont minéraux : à chaque pas, ils frottent la laine comme un abrasif très doux, la rendent terne puis cassante, bien avant que la saleté ne se voie. Les couleurs sombres des tapis d’Orient, rouges profonds et bleus, cachent longtemps cet encrassement.
Près du fleuve, la saleté change de nature. Sur les quais, la départementale 7 aligne deux fois deux voies entre la Seine et les immeubles de Meudon-sur-Seine, l’ancien Bas-Meudon. Chargée de suies, la poussière que soulève ce trafic s’infiltre par les fenêtres et se pose sur les fibres en un voile gris qui éteint d’abord les couleurs claires. L’aspirateur retire ce qui est libre ; le voile collé aux brins et le sable tassé au fond du velours ne cèdent qu’à un lavage complet, en atelier.

Avant l’enlèvement : taches, photos et rues en pente
Tout part de vos images. Pour un lavage, montrez d’abord l’ensemble, puis chaque tache de très près, une pièce de monnaie à son côté pour l’échelle, et enfin un coin retourné, qui renseigne sur l’état des fils. Pour chaque tache, racontez son histoire : son âge, son origine (animal, vin, bougie, boue) et le produit qu’on a pu lui appliquer, car un détachant ménager modifie le traitement à prévoir. Le devis suit ; rien ne commence avant votre feu vert.
Entre le Bas-Meudon et Bellevue, la pente est telle qu’un funiculaire de 183 mètres, incliné à environ 30 %, a relié les deux quartiers de 1893 à 1934. Beaucoup de rues du coteau ont gardé ce relief : précisez si le tapis doit descendre des marches ou emprunter une sente, et où une camionnette peut se ranger. Quarante kilomètres environ séparent le coteau de l’atelier ; roulé pour le voyage, le tapis vous revient lavé, sec et peigné.
Blanchisseries, lavandières et blanc de Meudon : un héritage à laisser au linge
Au XIXe siècle, les sources du ru d’Arthelon ont fait vivre des blanchisseries ; transformé en égout dans les premières années du XXe siècle, le ruisseau coule désormais sous la rue d’Arthelon, l’avenue Jean-Jaurès et la rue de Paris. Le Bas-Meudon comptait des lavandières à côté de ses briqueteries. Quant aux carrières de craie, fermées en 1925, elles ont donné leur nom au blanc de Meudon, une poudre qui fait briller le cuivre, l’étain et l’argenterie.
Ces gestes ménagers ne conviennent pas à un tapis noué main. Une poudre, quelle qu’elle soit, se faufile entre les nœuds et n’en ressort plus : elle ajoute au velours ce qu’on voulait lui retirer. Frotter à la brosse dure, comme on frottait le linge, arrache les brins et ouvre les franges. Un tapis réclame au contraire beaucoup d’eau, un rinçage qui n’oublie rien et un séchage patient, détaillés sur notre page consacrée au nettoyage.

Nettoyage à Meudon : vos questions
Le blanc de Meudon, utilisé pour l’entretien de la maison, peut-il détacher un tapis ?
Non. Cette craie très fine est faite pour polir des surfaces dures, métal ou verre. Dans un tapis, elle s’enfonce entre les nœuds, voile de blanc les couleurs sombres et se comporte ensuite comme une poussière abrasive. Pour une tache, épongez sans produit et envoyez une photo. Si de la poudre se trouve déjà dans le velours, un lavage complet est le moyen de l’en retirer.
Nous rentrons souvent de la forêt de Meudon : comment savoir si le tapis réclame un lavage ?
Soulevez un coin et tapotez l’envers au-dessus d’une feuille de papier blanc : s’il tombe une fine poussière grise ou ocre, elle est installée au pied des nœuds. Écartez aussi les brins d’une zone de passage avec deux doigts ; un dépôt visible à la base, une laine qui crisse ou qui a perdu sa souplesse indiquent que l’aspirateur ne suffit plus.
Laver le tapis dans la baignoire, comme on lavait autrefois le linge au Bas-Meudon : bonne idée ?
C’est déconseillé. Gorgé d’eau, un tapis pèse soudain très lourd, sèche mal à cœur dans une salle de bains et peut dégorger ses couleurs : auréoles, déformation et odeur de moisi sont des accidents courants. Un léger rafraîchissement de surface reste possible sur une petite pièce robuste ; pour un vrai lavage, il faut l’eau, l’espace et le temps de séchage dont dispose l’atelier.
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